Comment reconnaître un agresseur ?

05/06/2018

C'est la question essentielle ; comment savoir que telle ou telle personne va potentiellement passer à l'acte, ou est un agresseur ? Existe-t-il un outil qui permet de répondre à cette question ?
De façon objective et sans hésitation ma réponse est NON. Je dis NON, d'un point de vue humain, c'est-à-dire par la perception que le cerveau humain a d'emmagasiner un maximum d'informations, de les traiter et de les analyser en un temps qui frôle la seconde.
Certains logiciels ont été créé afin de déterminer le comportement des personnes dans un lieu public et d'en tirer des conclusions allant de « rien à signaler », « Danger potentiel niveau 1 », ... « danger imminent ».
Savoir reconnaître un agresseur implique de savoir maîtriser différents aspects inhérents à l'exercice. Pour ma part c'est un état d'esprit permanent.

Le détail : mon cerveau dans ce domaine-là, fonctionne principalement sur la notion du détail et du « grain de sable ».
Le détail qui, dans un ensemble de données comportementales, verbales, visuelles, olfactives, ..., le détail qui dans cet ensemble me donne une indication, donc un avis immédiat, et qui peut à ce moment, augmenter mon niveau de vigilance et mettre en place un système de « prudence supplémentaire ».
Tranche de Vie : nous sommes en plein mois de janvier de l'année 2015 en fin de matinée. Je suis dans un établissement bancaire, attends mon tout au guichet d'accueil. Trois autres personnes patientent devant moi. Dehors il neige, la température frise le 0 degré. Tout le monde porte vêtements chauds, bonnet, gants, écharpe etc... C'est une agence bancaire sans contrôle d'accès, c'est-à-dire que les clients peuvent pénétrer sans action d'ouverture de porte de l'agent d'accueil. Par habitude, lorsque je rentre dans un lieu public que je ne connais pas, je « scanne » les alentours avant de rentrer, à l'intérieur et mon niveau de vigilance s'accroît. Pas de stress ni d'inquiétude, juste une tour de contrôle individuel. Cela fait quelques minutes que j'attends, et j'aperçois à l'entrée, sur le porche, un homme qui s'apprête à rentrer. Taille moyenne, assez trapu, bonne corpulence, portant un sac noir, un bonnet noir sur la tête et une grosse veste. Il va rentrer ...mais, juste avant de franchir la porte il effectue un geste qui m'interpelle. Au lieu d'ôter ses gants ou de les garder, il les sort de sa poche et il les met. C'est-à-dire qu'il met ses gants, là où la grande majorité des personnes les enlève.

Ce geste ne possède aucune signification de danger ou de menace et ne révèle aucune volonté de nuire... sauf, si ce geste est une geste de protection de ses empreintes si cet homme est venu braquer la banque. Voilà le genre de détails qui m'interpelle. La reconnaissance des agresseurs n'est pas innée- elle passe par différentes phases et surtout par une application constante d'outils et d'attitudes assez simple à mettre en place.

S'entraîner à reconnaître les agresseurs

Afin de m'entraîner à reconnaître les agresseurs dans les lieux publics, j'effectue souvent des immersions dans des sites où potentiellement le risque d'agression est élevé. Cela va des quartiers « sensibles », en passant par des lieux de Trafic (drogue, armes, argent), des manifestations violentes où des sites complètement isolés où là le risque n'est pas de rencontrer des personnes dangereuses, mais de ne rencontrer personne, sauf celui qui sera caché derrière un arbre. Il m'est arrivé également de me promener dans des pays d'Europe de l'Est à une époque de ma vie, où le simple fait d'être présent dans la rue relevait du défi. Idem dans certains quartiers de São Paulo. L'entrainement régulier est essentiel pour bien acquérir la maîtrise de l'environnement humain ou situationnel. Être en capacité donc de comprendre un environnement, passe par la confrontation individuelle à des situations délicates parfois involontaires.

Tranche de Vie : j'ai le souvenir d'avoir pris un ascenseur public un matin assez tôt dans une capitale Européenne. J'avais une vingtaine d'années et j'étais assez solide physiquement par un entrainement sportif très complet.
La porte allait se fermer lorsque deux types, un peu plus âgé que moi, retiennent la porte, rentrent, et se mettent à ma droite et à ma gauche de façon perpendiculaire. La porte se referme. Aussitôt une oppression m'envahit. Pour être claire, la peur prend toute la place dans mon esprit. Que faire ou ne pas faire . Pas d'échappatoire et pas champion de self défense. Seul le comportement peut aider. Je n'ai ni changer ma posture, ni montrer mon état d'esprit, contrôler le non verbal et attitude sereine. Les 20 secondes de descente m'ont paru sûrement parmi les plus longues de ma vie. La porte s'est ouverte et je suis sorti. Les deux types sont restés. Il est donc tout à fait possible d'intégrer QUE L'ÉTAT D'ESPRIT EST PLUS IMPORTANT QUE LA TAILLE. Il est également important, avant de se lancer dans la détection d'un agresseur, de connaitre ses propres limites émotionnelles, ainsi que sa capacité à réagir, et sa capacité à prendre les premières mesures de fuite ou de défense en cas d'agression.

Perception de reconnaissance d'un agresseur

La détection d'un agresseur repose en fait sur la capacité individuelle à voir avant les autres le risque et la menace. C'est-à-dire savoir naviguer entre les deux niveaux de perception que l'être humain possède. La perception globale et la perception spécifique.
La perception permet de se s'informer sur le monde. C'est un filtre de la réalité. Nos sens sont limités dans leur quantité ainsi que dans leur capacité, ce qui réduit considérablement nos facultés à percevoir la réalité.
De plus, notre perception est dépendante de notre état psychique. Notamment notre attitude face à une situation.
1. ÉTAT ÉMOTIONNEL- Quel est l'état d'esprit du moment ? Suis-je en capacité de me concentrer sur l'instant ou suis-je détourné émotionnellement par une autre situation ? Suis-je en capacité de reprendre le contrôle de mes esprits ? Est-ce que je suis tracassé ou en pleine capacité d'analyse de la situation.
2. FATIGUE, ÉPUISEMENT- la différence entre fatigue et épuisement c'est le niveau d'énergie restant. Comme votre smartphone. FATIGUÉ il reste encore quelques ressources - ÉPUISÉ - plus aucune ressource et donc plus d'énergie. C'est pour cela qu'il est important de toujours garder un « restant » d'énergie afin de posséder encore quelques ressources en cas de danger. 

Reconnaître un agresseur passe donc par ces différentes aptitudes que tout le monde peut acquérir. La question qui se pose c'est l'erreur. C'est-à-dire se tromper totalement sur les intentions d'une personne malgré le fait qu'il nous donne certaines indications qui sont susceptibles de retenir notre attention. Et adopter une attitude qui ne correspond pas à la réalité de la situation. Mauvaise interprétation et mauvaise réaction.
La détection que j'enseigne à acquérir n'est pas une capacité à penser ou à être dans la tête de l'autre. Ce serait utopique de croire en cette capacité. Par contre, augmenter son niveau de vigilance , adopter une attitude préventive lors de nos déplacements, apprendre à observer sans fixer, apprendre à éviter le danger immédiat et pouvoir maîtriser ses émotions en situations de danger, c'est le rôle de LAGENCE164.