Comment un agresseur repère-t-il la victime ?

03/07/2018

Au début des années 2000, après avoir passé plus de 3 années à l'Ecole Européenne Psychothérapie Socio Somato Analytique, j'ai côtoyé la première profileuse Européenne (celle qui a profilé marc DUTROUX), effectué différentes formations au Centre International de Sciences Criminelles et pénales, je me suis installé en tant que psychothérapeute Analyste dans l'Ouest de la France.
Cabinet de psychothérapie centré sur deux axes :
  • Le suivi des agresseurs sexuels bénéficiant d'une obligation de soins délivré par un jugement.
  • L'accompagnement psychologique des victimes d'agressions.

Assez rapidement, et à mon grand étonnement, les deux « thématiques » bénéficiaient d'un volume de patient quasiment identique.
Afin d'apporter quelques réponses factuelles et objectives à la question, voici retranscrit, quelques échanges avec des patients agresseurs - Situations, patronyme, textes et dates transposés.
Anthony- 43 ans : Violeur récidiviste (propos irrespectueux ou injurieux modifiés)
- Moi : Anthony, expliquez-moi si vous le désirez comment vous faites pour repérer tel ou telle personne que vous allez agresser ?
- Anthony : ça, c'est le plus facile et le plus amusant. Les nanas se baladent la plupart du temps sans regarder autour d'elles. Les mecs aussi. Elles ont une vision assez courte de leur environnement. Elles sont absorbées par leur vitrine et leur portable et ça leur prend toute leur attention. Il y en a qui se baladent en baissant la tête, sans élan, avec une démarche craintive ou nonchalante, elles ne voient pas les alentours ...et moi, j'ai vu tout ça. Donc elle me donne une indication très précise sur leur état d'esprit. Il me reste après à effectuer une approche « quantifié » c'est-à-dire une approche en lien avec ce que je vois et ce qu'elles me donnent comme indication sur ce qu'elles pensent au moment où je les vois.
Il y en a d'autres qui portent sur leur visage, tous leur mystère et leur souffrance. Tout ce que vous ne dites pas, votre visage l'exprime. Ça c'est les victimes en puissance émotionnelle. Celle-là, c'est encore plus facile car elle montre qu'elles ont peur sans le dire. Un simple regard suffit à comprendre.
En fait c'est le lien prédateur -proie- ramenons cela au guépard qui traque sa proie. La proie présente pour lui des indications précises. Il ne choisit pas le zèbre qui est au milieu du troupeau. Il prendra celui qui est esseulé, distrait ou inattentif, blessé, chétif, et il l'observera. Il restera statique, sans se faire, face au vent, et surtout il attend le bon moment. Voir. Il a fait son CHOIX de proie qu'il ne lâche plus du regard. C'est un cycle plus ou moins long d'observation, qui se terminera de deux façons. L'abandon pour le guépard, c'est-à-dire le renoncement à l'attaque, ou la décision définitive d'attaquer.
Pour moi c'est pareil, dès que j'ai ma proie dans mon champ de vision, je ne la lâche plus et je ressens un stress incroyable. Une excitation presque incontrôlable de contrôle maximum. C'est le moment entre la détection et l'attaque.
- Moi : Mais si elle vous voit, elle va se rendre compte de votre comportement. Elle va se méfier.
- Anthony : (rire), très peu de personnes savent observer leur entourage lorsqu'ils se déplacent. Et quand bien même, je n'ai rien fait encore. Donc elle va avoir peut-être un peu plus peur oui. Et ça je vais le voir. C'est encore plus excitant. Après, si le risque est plus important que le résultat, je n'y vais pas. Quoique ...
- Moi : Il n'y a rien d'autre comme moyen pur repérer une « proie ».
- Anthony : Vous connaisse la pêche à la ligne ? C'est pareil. Il faut amorcer avec un appât, quelque chose qui attire l'attention. Un objet, un geste, un animal de compagnie, une mimique, une parole...mais attention. Il faut bien cerner la proie et son entourage.
Moi- C'est-à-dire ?
Anthony : je me souviens lors de mes débuts, j'avais à la fois peur de me faire prendre et exister d'attraper. Alors je faisais gaffe car s'il y a du monde autour de la nana, c'est moins facile que lorsqu'elle est seule dans une rue. J'avais approché une femme, une trentaine d'année, à la sortie d'une galerie marchande. Elle était mon style. J'avais trop envie de l'attraper et de la b...sur le capot d'une voiture. Je devais contenir mon excitation car c'était en plein jour et il y avait du monde dans la rue. Je l'ai suivi un peu. Elle ne me voyait pas et au fur et à mesure je me suis approché comme un passant. Elle s'est tournée vers moi et a baissé la tête. Au même moment, en face de moi, un mec est arrivé. C'était son mec, genre grands black costaud. Ils se sont embrassés, j'ai continué à marcher. J'étais énervé et excité à mort. Je me suis soulagé dans un parking.
- Moi : Là vous me parlez plus de l'environnement mais de vous.
- Anthony : Pour moi, ces moments d'observation et d'approche c'est captivant. Mon scénario est presque déjà accompli dans ma tête et presque dans le réel. C'est ça qui est bon. Arriver à la finalité de son scénario quoiqu'il arrive. Regardez par exemple ce qui se passe en ce moment dans votre bureau. Vous me posez des questions et vous me regardez. Votre concentration est focalisé sur moi. Et moi je peux vous dire que je sais qu'il n'y a plus personne dans votre salle d'attente, que nous sommes face à face, que les portes son fermées, que la fenêtre de la salle d'attente et entrebâillé, que vous portez des chaussettes bleues, que votre jean est troué à la hanche gauche, que vous avez une chaine autour du cou avec une cœur, que vous avez une photo de votre fils sur le coin gauche de votre bureau, etc. je continue ? Et que surtout, si maintenant je vous saute dessus avec ça, vous êtes seul.
ANTHONY SE RELÈVE UN PEU DE SA CHAISE ET SORT UN RASOIR A BARBE ANCIEN MODÈLE IL 'OUVRE DEVANT MOI PUIS IL LE RANGE
Et vous voyez, là, je viens de voir la peur dans votre visage, donc je sais que j'ai déjà une longueur d'avance sur vous.
- Moi : (pas très à l'aise) : Mais si vous faites cela et que vous me faites du mal, vous allez retourner en prison ? c'est quoi le bénéfice ?
- Anthony : Le plaisir d'avoir vu votre peur dans vos yeux. Ça n'a pas de prix
Fin de l'entretien

Émotions primaires en situations à risque. Au nombre de six, les émotions primaires jouent un rôle déterminant en présence de situations à risque élevé : la surprise - la peur - la colère - la tristesse - le dégoût - la joie... Lire la suite